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 Le dernier porc-épic [Extrait]

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Luke
Acier Tranchant
Luke

Messages : 72
Date d'inscription : 04/06/2010
Age : 25
Localisation : Quelque part sur la planète.

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MessageSujet: Le dernier porc-épic [Extrait]   Le dernier porc-épic [Extrait] EmptyDim 10 Mar - 20:29

( ♫ ) ( ♫ )
… Tiens ? De la visite ?
Voilà qui est étonnant. Il est bien rare de voir ma solitude brisée par la chaleur d’une parole réelle. Combien de voyageurs se sont déjà arrêtés près de moi, au fait ? De tous ceux que j’ai connus, ils étaient en nombre bien négligeable à côté des quantités de visages que j’ai vues défiler. Seriez-vous donc là pour écouter les récits des temps passés ? Oh, je ne connais pas grand nombre d’histoires bien passionnantes, savez-vous. Elles n’incluent pas de légendaires héros accomplissant des exploits prodigieux, ni de terribles tragédies qui telles des griffes acérées arrachent vos larmes à vos paupières. Non, mes récits… ne sont guère plus que les contes des âmes errantes. Des âmes perdues, ternes et sans éclat, enfermées dans leur propre misère. Et pourtant, dans tout ceci brille sans jamais s’éteindre la flamme éternelle de l’espoir. Êtes-vous bien sûrs que c’est ce que vous désirez trouver ici ?…
D’accord. Puisque c’est ainsi, laissez-moi vous conter cette histoire. Elle commence… Un jour très semblable à aujourd’hui, tiens donc… Un jour de pluie… Une pluie battante, glaçante à vous mordre et vous geler jusqu’aux os. Dans les sillons de la terre grise et boueuse se tracent les lignes imparfaites de cette longue fable, aux personnages qui n’ont de héros que le nom. Prenez votre temps. Laissez-vous donc guider par ma voix… Et tendez l’oreille pour connaître le sort qui leur sera réservé dans ce monde infini…




Le dernier porc-épic



L’air était froid. Froid, et humide. L’infinité de « plics » qui retentissait contre la fine couche de bois abritant sa tête, ainsi que les bruits d’eau chassée en sonorités peu ragoûtantes sous ses pieds, tout ça lui rappelait en permanence qu’il ne se trouvait pas dans les meilleures conditions pour une promenade. En effet, il pleuvait. Des cordes, à seau, tout ce que l’on pouvait dire, mais il pleuvait. Il n’avait guère besoin de lever les yeux au-delà de son parapluie d’écorce pour deviner la présence des nuages sombres dans le ciel. Et tout autour de lui, la flore la plus pure et intouchée s’épanouissait de manière luxuriante.
Aloïs Agkathi était un amoureux de la nature. Il contemplait la beauté des choses les plus simples, et pour lui, rien n’était plus simple qu’une vaste étendue de nature où jamais le pied de l’Homme n’avait touché terre. Excepté le sien. Mais contrairement au pas piétinant de ses semblables, il s’assurait toujours de laisser le paysage immaculé dans son sillage. Ainsi, jamais la nature ne serait abîmée. Et en échange, elle lui donnait de quoi survivre…
Aujourd’hui, néanmoins, c’était passablement compromis. La pluie incessante avait inondé le sol terreux de la vallée dans laquelle Agkathi se terrait. Les animaux avaient trouvé refuge dans leurs terriers et les racines des arbres touffus saillaient du sol jusqu’à s’en déterrer. L’homme, ridé par un âge ingrat qui l’avait fait paraître vieux trop tôt, progressait à pas lents dans les étendues boisées et clairsemées de flaques vaseuses en nids-de-poules. Il n’y avait au final que peu d’herbe, ici… Etrangement, elle préférait pousser sous l’ombre des chênes plutôt qu’en plein ciel ouvert. Ce faisait, elle laissait de grands chemins de boue serpentant entre les troncs, dessinant presque des chemins entre ceux-ci…
Ces chemins étaient un labyrinthe. Un enchevêtrement de voies sans logique, et tel Dédale dans sa prison du minotaure, seul Agkathi connaissait la route pour sortir des bosquets. La vallée en était presque entièrement remplie, quoiqu’entre chaque se traçaient de larges avenues naturelles, presque comme un découpage en régions. Et l’homme s’y promenait, sans but particulier, prenant l’air injecté de gouttes vaporisées et nourrissant l’espoir de trouver quelque chose pour regrossir son garde-manger…

Il n’était pas un vieil homme. L’ancienneté toute entière semblait avoir déformé son visage, lui octroyant un air fatigué et abattu, mais en vérité son âge dépassait à peine la quarantaine. Ses cheveux poivre et sel, difficilement lisses, étaient regroupés entre ses omoplates en une queue de cheval qui ne descendait pas plus bas. Tirés vers l’arrière pour la constituer, ils laissaient totalement découvert un visage aux nombreuses marques d’anxiété en sillons sous ses pommettes. Ainsi que sur son front. Et ces rides encadraient deux yeux d’une couleur d’un bleu sombre, plus sombre que marine. Son nez était peut-être une des rares caractéristiques rajeunissant l’ensemble à sa juste valeur : aux traits fins et étroits près des paupières, il devenait légèrement pointu en se terminant au-dessus de ses lèvres. Celles-ci, reposées en une expression sereine et apaisée, conféraient à la forme allongée de sa figure une aura de vigilance tranquille. Quant à ses oreilles, petites et proches des flancs de sa tête, elles demeuraient aussi discrètes qu’attentives et immobiles. Et nulle barbe n’assombrissait la rugueuse peau de ses traits.
Il marchait, de sa démarche contemplative. Derrière lui, ce serait toute la forêt qui se fût inclinée. Il habitait ces bois comme il faisait corps avec eux, loin de la folie des hommes et de leur convoitise. Il n’y avait de toute façon rien à convoiter, ici. Et c’était pour cela qu’il vivait ici : il n’était pas en exil, il était un ermite. Il ne souhaitait plus avoir quoi que ce soit en commun avec le genre humain, et depuis les quelques années qu’il survivait en ces lieux, on ne pouvait pas dire qu’il avait échoué…

Agkathi se promenait toujours dans la forêt quand son esprit vagabond finit par s’éveiller. Cela faisait un moment que quelque chose… Le perturbait. Et maintenant qu’il le remarquait… C’était une plainte. Une espèce de… oui, de plainte. Il n’aurait su qualifier cela autrement. Comme si un animal blessé criait d’agonie dans l’averse, et que son écho se perdait dans les feuilles de la forêt.
Il s’arrêta brusquement, faisant gicler une vague de boue sous sa semelle. C’était… imperceptible… On ne pouvait l’entendre que par intermittences, entre les fracas de la pluie. Le visage auparavant serein de l’homme se teinta de perplexité, alors qu’il tendait toujours plus l’oreille pour tenter de percevoir d’où venait la plainte. Oui… Il n’avait jamais entendu ce genre de cri, avant. Ca n’appartenait pas à un animal quelconque de la vallée. Il connaissait bien la faune locale et… Il aurait pu le jurer. L’être qui criait ainsi n’avait rien à voir avec ce qui peuplait les bosquets de la région !
« Qu’est-ce que ça peut bien être, alors ? pensa-t-il, confus. »
Il n’y avait pas tant de façons que ça de le découvrir. Et la plainte était… faible. C’était bien pour cela qu’il ne la remarquait que maintenant… Cela signifiait que la créature était toute proche. Néanmoins, Agkathi demeurait inquiet : pouvait-il s’agir d’une ruse de prédateur pour l’amener à baisser sa garde ? Les animaux du coin étaient bien plus malins qu’ils ne le laissaient apparaître, et que l’homme soit en harmonie avec la nature environnante ou non, la loi de la jungle était formelle : celui qui s’en tirait toujours était le plus fort ou le plus rusé. Et comme un homme averti en valait deux, prendre quelques mesures de précautions ne serait pas de luxe avant de partir à la recherche de la plainte…
Ce fut pourquoi il dégaina la lame du fourreau qui lui était accroché à la ceinture.

L’éclat bref qui jaillit dans la grisaille fut accompagné d’un son cristallin. Ses doigts se contractèrent sur la douce poignée du sabre qu’il avait sorti, un sabre dont le métal ne souffrait d’aucun ternissement. Prudent, Agkathi tendit de nouveau l’oreille. Il avait soudain l’impression… que la plainte s’était tue. Pris d’un doute, il jeta de vifs coups d’œil aux alentours, tenant toujours son parapluie en plus de son arme. Avait-il rêvé ? Non, il avait vraiment juré que…
… La plainte recommença. D’abord mourante, comme un murmure, puis de nouveau comme elle était. Faible, et réverbérée entre les arbres. L’homme fronça les sourcils, et avança avec grande vigilance. Les bruits de ses sandales s’enfonçant dans la boue étaient beaucoup plus espacés que précédemment, de manière à ce qu’il ne puisse pas perdre la source sonore qu’il suivait. Face à lui, les arbres étaient placés de part et d’autre du sentier naturel, celui-ci se courbant vers la droite. Il avança… La clarté des cris devenait plus grande, enfin de manière relative, puisqu’ils étaient toujours étouffés par le vacarme des lourdes gouttes. Pas l’ombre d’un loup ou d’un sanglier potentiellement agressif… Et pourtant, Agkathi savait qu’ils n’étaient pas en minorité dans cette vallée. Toujours attentif, avec son sabre et son abri, l’homme parvint à ce qui ressemblait à une intersection. Le chemin bifurquait vers la droite, de manière assez abrupte, ainsi qu’à gauche plus doucement. Et la plainte était devenue presque claire. Il tourna la tête à gauche, puis à droite, étant à peu près sûr qu’elle ne venait d’aucun des deux côtés. Puis, une couleur retint son attention dans le paysage. Il tourna de nouveau la tête à droite, mais bien plus loin qu’il l’aurait fallu pour suivre le chemin, examinant les arbres et l’herbe qui se trouvaient là. Malgré la pénombre, il demeurait possible de distinguer le vert de la chlorophylle des plantes. Et entre le brun cortical des troncs, quelque chose de plus… terne… tranchait dans la peinture naturelle du bosquet.
Et elle bougeait.

( ♫ ) Agkathi resta sur ses gardes et passa sous les pampres. Malgré toute sa méfiance, il ne semblait pas y avoir de danger autour. Il baissa sa lame, et s’approcha… Pour découvrir, au pied d’un arbre et reposé contre l’herbe…
« … C’est… un hybride…? »
L’homme écarquilla les yeux, stupéfait. C’était… bel et bien un hybride. Et pas un hybride bien constitué, pas du tout. C’était un nourrisson.
Il avait l’air terriblement mal en point. Tellement petit et frappé par les gouttes qui traversaient le feuillage, il avait essayé de se recroqueviller en position fœtale… Mais il ne semblait même pas avoir assez de forces pour le faire. A la place, il émettait cette plainte répétée, de plus en plus faible, indéfinissable. Une plainte qui n’avait rien d’humain, mais rien d’animal non plus… Il était complètement nu, également. L’homme savait que les hybrides n’avaient pas tous besoin d’être habillés pour conserver leur pudeur, mais ici, le nouveau-né n’avait rien pour être protégé de la pluie. Il ne mesurait sans doute pas plus de trente centimètres de haut, enfin, dans sa position vaguement recourbée… ce qui lui donnait l’air encore plus fragile. De couleur grise, le maigre duvet qui couvrait son corps en quasi intégralité était totalement détrempé, ne laissant la peau à l’air libre qu’au museau et sous les mains et les pieds. Mais ce qui était le plus caractéristique… C’était la quantité impressionnante d’épines fines et longues qui jaillissaient de son crâne. Agkathi n’avait jamais vu une chose pareille. Mais il ne s’en souciait guère pour le moment. La question était plutôt : comment ce nourrisson avait-il pu atterrir ici ?

L’homme rengaina son arme d’une seule main, et s’approcha lentement du bébé. Il pleurait toujours, enfin, dans la mesure du possible… Il y avait bien plus de pluie sur son visage que de larmes, et ses poumons semblaient avoir de plus en plus de peine à crier.
« Où sont ses parents ? se demanda-t-il. »
Il n’y avait rien aux alentours. Pas une âme qui vivait, du moins, pas une âme intelligente. Pas une âme semblable à celles de son espèce. En d’autres termes… L’enfant n’avait rien à faire ici. Il n’avait guère de chances de survivre, laissé dans de telles conditions. Agkathi s’arrêta à côté de lui, et s’accroupit doucement, l’examinant longuement.
« Avec les prédateurs qui trainent dans le coin… il a de la chance de ne pas avoir encore été dévoré, marmonna l’homme pour lui-même. Il n’est pas en sécurité ici… Je ne lui donne guère plus de quelques heures avant qu’il ne meurt… »
Il regarda le feuillage au-dessus de lui. On aurait presque dit qu’il n’y avait rien entre les nuages du ciel et le sol, puisque les gouttes passaient sans s’en soucier. Elles étaient gelées, elles mordaient la peau. Malgré la bure qu’il portait, Agkathi avait pu le sentir quand il était sorti, avant de prendre son parapluie.
Parapluie qui abritait le petit hybride, maintenant aussi. Ses plaintes semblaient alors moins nourries. Bien sûr, il gémissait toujours, mais bien moins douloureusement.
« … »
… Qu’est-ce qu’il lui arrivait ? Agkathi se sentait… Bizarre, tout d’un coup. Un étrange sentiment lui avait empli la poitrine. Incrédule, il continua de regarder le nouveau-né un moment, avant de secouer la tête et d’inspirer un grand coup. Qu’est-ce qu’il allait faire, à présent ? Il pouvait simplement passer son chemin et rentrer chez lui comme si de rien était, ou alors…

… Ou alors le prendre avec lui. Rien de bien folichon, il pourrait tout simplement… Prendre soin de l’enfant le temps de le mettre en sécurité. Et une fois qu’il serait hors de danger, il se mettrait en quête de ses parents. Après tout, il ne pouvait pas simplement le laisser dépérir ici. Si ça se trouvait, ceux qui l’avaient enfanté n’étaient pas loin, et comptaient peut-être le récupérer avant qu’il ne soit trop tard. En attendant, il fallait qu’il survive…
Agkathi arracha un large pan de sa tenue, au niveau de son ventre. Le froid de l’air s’engouffra très vite dans ses vêtements mais ce n’était pas bien grave. Posant son parapluie contre le tronc, de manière à le mettre au-dessus du nourrisson, il commençait déjà à sentir les gouttes se fracasser dans son dos alors qu’il prenait doucement le bébé dans ses mains. A son contact, il put se rendre compte qu’il était gelé. C’était en fin de compte peut-être un miracle qu’il soit encore en vie…
Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que l’homme ait fini de l’envelopper dans le tissu sec. Celui-ci se retrouva d’ailleurs bien vite imbibé d’eau une fois que l’enfant y fut emmailloté. Mais au moins… Il avait arrêté de gémir. Agkathi fit alors un geste naturel, qu’il n’aurait pourtant jamais pensé faire jusqu’à présent : il prit l’enfant dans ses mains et le rapporta à son torse, pour l’y maintenir au chaud tout en le soutenant. Ce après quoi, le gardant contre lui d’une main, il reprit son parapluie et se releva.
Il valait mieux qu’il rentre, à présent. Sa promenade n’avait pas été si vaine, au final. Tout de même, il se posait cette question depuis tout à l’heure, inconsciemment …
De quelle espèce était cet hybride nouveau-né ?…



On n’entendait plus la pluie, à présent. Le silence était revenu, total.
Agkathi poussa un long soupir, et referma le livre qui lui faisait face, sur son bureau. Il n’avait pas beaucoup avancé, et cela continuait de le tarauder.
Cela faisait plusieurs heures qu’il avait retrouvé le nourrisson. Il était rentré directement chez lui, dans sa chaumière, après l’avoir récupéré. Et au cours du voyage, l’enfant s’était endormi. Il reposait dorénavant dans un matelas que l’homme avait rapidement confectionné à l’aide de restes de tissus, et ne faisait plus un bruit depuis. Agkathi en avait profité pour manger rapidement, puis avait commencé ses recherches. La pile de livres qu’il avait ratissés jusqu’à présent s’élevait de plusieurs volumes en hauteur, mais rien n’avait permis d’élucider la question qu’il se posait. Qui était le nouveau-né qu’il avait emmené chez lui ? Un hérisson ? Un échidné ? De tous les mammifères épineux qu’il avait étudiés dans ces ouvrages, beaucoup constituaient de bonnes hypothèses, néanmoins il y avait toujours des détails qui les réfutaient. Un maximum de deux épines dans le dos pour le hérisson, par exemple : le nourrisson, lui, en présentait trois. Ca aurait pu être une malformation de naissance ? Peut-être, mais il y avait aussi le fait que les hérissons avaient la queue droite, et que celle nouveau-né était en forme d’éclair. Ca faisait beaucoup de malformations, quand même. Et justement : le fait que son appendice caudal avait une telle forme le rapprochait beaucoup des échidnés. Qui eux, justement, n’avaient jamais d’épines dans le dos…
Etait-il le fruit d’une union des deux espèces, dans ce cas ? C’était possible, mais cela lui semblait tout de même très étrange… Comme si cette alternative avait un goût de possibilité trop facile. Non, manifestement, il négligeait quelque chose…

Agkathi en était là de sa réflexion lorsqu’un titre retint soudain son attention. Il se trouvait, à cet instant, installé à son bureau ; une lampe à huile distillait une certaine lumière dans la petite pièce où il se trouvait, pièce qui semblait entièrement faite de bois, tout comme le mobilier. En parlant de celui-ci, c’était dans ce qui semblait être une très large étagère directement fixée au mur que s’alignait une quantité tout bonnement impressionnante de livres. Il y avait de tout, et pour tous les goûts : romans, œuvres littéraires, mais aussi encyclopédies intégrales et diverses affichaient leurs titres et auteurs sur quatre lignes contenant chacune jusqu’à la cinquantaine d’ouvrages. Une bibliothèque bien fournie, sans être opulente. Et ce qui avait retenu son attention, au milieu de tout ça…
… Il n’avait jamais vraiment prêté attention à ce livre, avant. Oh, bien entendu, il contenait sans doute une foule d’informations passionnantes. Simplement, il n’avait jamais jugé nécessaire d’y jeter un œil. Il ne savait même pas exactement ce qu’il contenait, d’ailleurs. Il en avait hérité il y avait bien longtemps, transmis par son grand-père… C’était plus un reliquat qu’une vraie bible à lire régulièrement, en fait. Enfin, il supposait : il n’avait absolument pas la moindre idée de ce dont ça traitait. Et si c’était suffisamment important pour se le transmettre de générations en générations, peut-être que cela valait le coup d’essayer ? En parlant de générations, la sienne allait d’ailleurs finir par s’éteindre…
C’est ainsi que pour la première fois en trente ans, Aloïs prit puis ouvrit le livre pour se plonger dans sa lecture. Peut-être que ses réponses l’attendaient là…
Et nul n’aurait pu savoir qu’elles influeraient grandement sur la vie qu’il mènerait au cours des douze prochaines années …

__________________________________


( ♫ ) Le soleil s’était levé depuis un bon moment. Le ciel bleu, tel un bol gigantesque, recouvrait la végétation qui s’étendait en cuvette tout autour. C’était dans ces rares instants que, incontestablement, Aloïs pouvait voir la nature dans son plus bel éclat. Un bruit résonna, faisant résonner un puissant « clac » dans l’air doux du printemps.
L’homme se trouvait devant sa chaumière, en cette bonne matinée. Son rudimentaire logis était établi au sommet d’une motte qui faisait saillie au beau milieu de cette grande vallée, tant et si bien que d’ici, on pouvait presque voir toutes les forêts se découper dans le cratère naturel. Bien sûr, cette petite colline ne montait pas bien haut, sans doute pas plus d’une dizaine de mètres, mais il s’agissait d’un endroit idéal pour s’installer. Elle ne comportait aucun arbre, aucun végétal trop imposant, uniquement couverte d’herbe et de plantes diverses et variées sur une superficie de plusieurs centaines de mètres carré. On descendait et puis c’était bon, on s’enfonçait dans les bois ! Le dénivelé entre le sommet de la butte et le creux de la vallée était assez raide en revanche, il valait mieux prendre garde quand on quittait ce qui était en quelque sorte le jardin de l’humain. Mais cela n’était guère d’inconvénient, étant donné qu’il était le seul et unique habitant qui fréquentait les lieux. Enfin. Ce n’était plus entièrement vrai, depuis quelques temps.
« Père, j’ai fini ! Les draps sont rangés !
- Ah ? »
Un nouveau « clac » détonna dans le silence sylvestre, tandis que la hache d’Agkathi se plantait violemment dans la buche et faisait éclater deux fagots de bois distincts. Il s’épongea négligemment le front avec son avant-bras, puis se tourna vers la voix qui l’avait apostrophé. Venant de l’intérieur de la chaumière, à quelques mètres de là, un petit être se dirigeait à pas rapides vers lui. Un petit être tranquille, enfantin, et par-dessus-tout, inhabituel …

Haut de même pas un mètre, la foultitude d’épines fines et longues de vingt à trente centimètres qui se dressait au sommet de sa tête essayait vaillamment de rallonger sa taille, qui sans quoi, aurait sans doute été de moitié plus petite que l’homme. Celles-ci ainsi que son pelage, léger mais opaque, teintaient de gris clair la quasi-intégralité de son corps, ne laissant que son museau découvert. En effet, là où d’autres parcelles de peau auraient été à l’air libre, des gants de tissu blanc ainsi que des souliers d’un noir obsidien les couvraient. A propos de ces chaussures, il était à noter qu’une fine bande de couleur verte cerclait chacune d’entre elles au-dessus des semelles. C’était tout ce qu’il avait comme vêtements, mais ça n’avait guère d’importance : il s’agissait d’un hybride, et comme la plupart des hybrides de sexe masculin, il n’avait pas forcément besoin d’habits pour se conformer à la pudeur. De toute manière, ça aurait été bien compliqué de lui trouver de quoi le couvrir plus que nécessaire avec sa queue en forme d’éclair, ainsi que les trois grosses épines dorsales qui saillaient au niveau des omoplates. Quant à son visage … Il était orné d’yeux d’un argenté étonnant. Que ce soit chez les hybrides ou chez les humains, il était convenable de noter que cette couleur était inhabituelle. L’expression qu’elle affichait ici, par ailleurs, pouvait surprendre de la part de ce qui était un enfant de six ans. Puisqu’il s’agissait d’une expression totalement neutre, sans joie ni tristesse, sans peur ni assurance. Elle était complètement impassible.
Agkathi laissa sa hache où elle était et se tourna vers l’enfant, avant de poser un genou à terre pour se mettre à son niveau et sourire. L’hybride gris s’arrêta juste devant lui, l’air toujours aussi imperturbable, malgré sa voix paradoxalement énergique.
« Qu’est-ce que je dois faire, maintenant ? demanda-t-il.
- Rien du tout, Luke, c’est déjà très bien comme ça ! »
Agkathi prit la précaution de passer ses doigts à travers le fouillis d’aiguilles qui constituait sa chevelure, plutôt que de plonger la main par au-dessus, pour lui caresser doucement la tête. Le jeune Luke ne parut pas vraiment réagir, mais l’homme était intimement persuadé que cette marque d’affection lui faisait plaisir, au fond. C’était pourquoi il continuait de le faire quand même, malgré le manque de réaction réelle de la part de l’enfant …
« Tu devrais plutôt aller t’amuser, maintenant, conseilla-t-il après avoir retiré sa main. Tu as déjà suffisamment travaillé comme ça.
- Je peux aller prendre un livre dans votre bibliothèque ?
- Oui, bien sûr. N’oublie pas de le remettre à sa place après, alors ! »

Luke esquissa un petit sourire, manifestement enthousiasmé. Il remercia vivement l’homme, avant de repartir aussitôt vers l’intérieur de la chaumière. Agkathi se releva, ne pouvant s’empêcher de rire un peu à cette vue. Décidément … Ces six dernières années étaient passées à une vitesse … Il avait encore l’impression que le jour de leur rencontre datait d’hier.
Retournant à sa besogne, l’homme repensa encore une fois à tout ceci. La pluie battante, l’air glacial, le nourrisson qui hurlait dans la forêt. Le moment où il l’avait recueilli, et ramené chez lui. Par la suite … Agkathi avait exploré en détail la vallée, la parcourant de fond en comble. Portant l’espoir qu’il retrouverait les parents du nouveau-né. Une espèce d’espoir étrange, puisque d’une certaine façon, il n’y croyait pas réellement. Et c’était justifié.
C’était vrai … Si les parents de l’enfant tenaient réellement à lui, pourquoi l’auraient-il laissé là, sous la pluie battante ? N’importe qui aurait deviné que le nourrisson n’avait aucune chance, lâché dans un tel milieu. Malgré tous ses efforts pour retrouver des semblables de l’espèce du jeune hybride, Agkathi n’avait fait que se rendre compte que plus que jamais, il était seul dans cette vallée. Et justement, à présent, il ne l’était plus. Il avait bien fallu qu’il admette cette vérité : le bébé qu’il avait récupéré … Etait nul autre qu’un enfant abandonné.
Alors Agkathi avait décidé de le recueillir. Il ne lui avait fallu pas beaucoup de temps pour prendre cette décision, étrangement … Comme s’il avait senti que c’était son devoir de le faire. Il n’avait jamais eu d’enfant, il ne savait pas comment s’y prendre avec eux, et encore, celui-ci n’était même pas humain ! Et pourtant, aucun de ces obstacles … Ne l’avait découragé. Il avait eu la chance de posséder de très nombreux livres, qui lui avaient permis de savoir beaucoup de choses sur les hybrides. Sans qu’il ne s’en rende compte, il s’était considérablement pris d’affection pour ce petit être fragile … Un être dont il avait fait son fils.

C’était drôle, quelque part. Quand Agkathi vivait encore parmi les siens, parmi les autres humains, il n’avait jamais beaucoup brillé par ses sentiments. L’envie ni même l’idée d’être père ne lui avait jamais effleuré l’esprit, si bien que ce fait lui aurait presque paru absurde à cette époque. Qui aurait cru, qu’en exil, il décide soudainement d’adopter un orphelin ? Et même pas de son espèce, en plus de ça. C’était un être plein de contradictions …
Alors qu’il abattait son outil sur les buchettes de bois frais, il repensait beaucoup à cet enfant. Il lui avait donné le nom de « Luke », qui signifiait « Lumière » dans une langue antique … Comme s’il avait été la lumière qui avait percé les sombres nuages de sa solitaire existence. S’occuper de Luke n’avait pourtant pas été très facile : dans la vallée, il n’y avait pas beaucoup de nourriture adéquate à un nourrisson. Il avait aussi fallu lui offrir un lit, l’élever, s’occuper de lui pour diverses et nombreuses choses … Des choses qui s’étaient révélées, de manière inattendues, comme presque instinctives chez l’homme. Le temps était passé … Et aujourd’hui, Luke était devenu presque grand, du moins beaucoup plus que lorsque Aloïs l’avait trouvé. Les hybrides s’éveillaient bien plus vite que les humains, et la croissance aussi bien physique que mentale de l’enfant avait grandement fait plaisir à voir. A présent, il était même capable d’aider l’humain à accomplir diverses tâches simples et peu fatigantes. Même s’il n’était pas absolument nécessaire pour lui, Agkathi se sentait considérablement aidé avec ce léger soutien. Il allait tout doucement sur ses vieux os, d’ailleurs …
Un nouveau « clac » retentit. Luke était un enfant … singulier. Agkathi ne savait pas s’il avait raté quelque chose dans son éducation ou quelque chose comme ça, mais … quelque chose le chagrinait, dans ce joli tableau. En effet, Luke ne souriait presque jamais, du moins pas souvent. L’homme lui avait de nombreuses fois si quelque chose n’allait pas, mais le jeune hybride ne semblait pas comprendre pourquoi il lui posait une telle question. Il était rare que Luke laisse ses sentiments s’afficher sur son visage … Mais quand il le faisait, c’était presque toujours pour montrer de la joie ou de l’enthousiasme. Avec un peu de chance, si l’adulte faisait preuve de persévérance et d’affection envers lui, peut-être que cela changerait … Le sourire de Luke était comme un mirage. Il apparaissait peu souvent … Mais quand cela arrivait, il était porteur d’un certain espoir.
Il l’avait découvert, d’ailleurs. De quelle espèce il était. Dans les vieilles notes qu’il avait lues pour la première fois, il n’aurait jamais cru trouver une description collant parfaitement à ce qu’il avait sous les yeux. Et il avait eu raison : la race de l’enfant n’était d’aucune de celles dont il avait déjà entendu parler, ni hérisson, ni échidné. En effet, Luke était un porc-épic …

Agkathi fut alors brutalement interrompu dans son activité par une cacophonie de bruits sourds. Il sursauta sur place, la hache toujours dans les mains, après avoir éclaté un nouveau fagot de bois, l’expression ébahie. Très vite, il laissa son outil sur la bûche, et se retourna. Ce bruit … C’était venu de l’intérieur de la maison !
Son rythme cardiaque et sa respiration s’accélérèrent brusquement quand il se rua sans attendre une seconde de plus à l’intérieur. Parcourant les quelques pièces que contenait la chaumière, il avala les mètres à traverser de quelques enjambées super rapides et allongées, tous sens en éveil, et la sueur ruisselant sur son front. Le bruit était provenu de sa chambre …
« Luke !! »
Agkathi fit irruption dans la petite pièce, ouvrant en grand la porte qui était déjà entrouverte. Ce qu’il vit lui fit monter d’un seul coup son taux d’adrénaline, le laissant envahi de panique pendant une affreuse seconde. Luke était étendu par terre, juste devant le bureau, sur lequel s’était effondré le contenu de la première rangée de livres de la bibliothèque murale : la planche inférieure qui soutenait le tout avait lâché. Plusieurs livres, dans la chute, avaient également rejoint le porc-épic allongé sur le plancher, mais pas seulement … Il y avait aussi un éclat d’argent qui luisait, juste à côté de l’enfant. Un éclat long et métallique.
La lame d’un katana hors de son fourreau, qui s’était plantée à vingt centimètres du porc-épic.
« Bon sang, mais que … »
L’homme se précipita pour rejoindre l’enfant, lequel commençait doucement à se relever d’une mauvaise chute. Luke se frottait les côtes, semblant avoir atterri directement dessus, l’expression endolorie. Il grimaça alors qu’Agkathi s’arrêtait à côté de lui.
« Je, j’suis désolé … marmonna-t-il, un peu confus. Je vais réparer tout ça …
- Non, attends, l’arrêta l’homme. Qu’est-ce que tu faisais avec ça ?! »
Il pointait l’arme qui s’était plantée dans le sol, juste à côté. Luke la regarda avec un air un peu effrayé, puis eut un visage penaud. Il se gratta la nuque avec un sourire un peu forcé, typiquement d’un enfant qui venait de faire une bêtise et qui était découvert.
« Je, je voulais juste voir votre sabre de plus près … Alors je suis monté sur la bibliothèque, pour l’atteindre … et puis … Et puis la planche … »
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase car elle fut coupée par un gros claquement. Il écarquilla les yeux alors que sa tête était déportée soudain vers la droite, et qu’une douleur brûlante s’imprimait sur sa joue.
« ESPÈCE D’IDIOT !!! »

Luke porta la main à la joue et regarda l’homme, l’expression commençant à s’embuer de larmes. Il … Il venait de le gifler … Agkathi semblait être entré dans une fureur qu’il n’avait jamais vue. Son visage était … déformé par la colère, à un point où c’était devenu effrayant. Il montrait ses dents serrées, et son visage était creusé de rides sévères et nerveuses. Il faisait peur … Le jeune porc-épic se sentit trembler de tout son être.
L’homme se baissa soudain à sa hauteur, et Luke eut un vif mouvement de recul. Cela ne fut pas très utile : à peine eut-il fait un pas en arrière qu’Agkathi lui avait saisi les épaules, et l’avait ramené aussi sec devant lui sans le ménager. A présent, son visage terrifiant était tout proche, et ses sourcils froncés sur ses yeux emplis de courroux achevèrent de pétrifier le jeune hybride sur place.
« Un katana ce n’est pas un jouet, tu m’entends ?! tonna-t-il avec une voix vibrante. C’EST UNE ARME !!! C’est dangereux, ça aurait pu te tuer, bon sang de bois !! Alors ne t’avise pas de reposer tes pattes dessus de sitôt, sinon t’auras affaire à moi !! T’as bien compris ?!
- O-… O-oui …!! P-promis, j-j’y t-toucherais plus … »
Luke s’était mis à pleurer. Ce n’était que maintenant qu’il se rendait vraiment compte de ce qu’il s’était passé, et la colère de l’homme le terrifiait encore plus à ces pensées. Il avait eu du mal à prononcer ces mots, et aurait donné beaucoup pour simplement disparaître à ce moment-là …
Soudain, Agkathi tordit les lèvres et le ramena brusquement sur lui. Luke ne comprit pas immédiatement ce qu’il se passait, avant de se rendre compte … Que les deux bras de l’homme lui étaient passés dans le dos, et le serraient contre lui avec une force tremblante. Il venait de le prendre dans ses bras, et … Et il pleurait, lui aussi ? Le porc épic arrêta tout sanglot quand il se rendit compte de ça, les dernières larmes coulant de ses yeux mouillés dans une totale incompréhension. Agkathi le … l’étreignait contre lui, de toutes ses forces, le corps agité de hoquets incontrôlés. Luke resta sans réagir pendant de nombreuses secondes, bloqué, reprenant son air impassible habituel, terni par les gouttes sur ses pommettes. Il ne comprenait pas … Pourquoi est-ce que son père pleurait ?
Finalement, il réussit à se reprendre.
« J’ai eu si peur, bon dieu … articula-t-il. Je suis si content que tu n’aies rien … Tu aurais pu être blessé, ou pire … Ne me refais pas un coup pareil, je t’en supplie …
- … Je … D’accord … Je suis désolé, père … Pardon … »
Agkathi parut satisfait, et finit par se calmer au bout de plusieurs minutes. Il se releva, sécha ses larmes, puis alla retirer l’arme du sol pour la ranger dans le fourreau laissé au sommet de la bibliothèque. Ce après quoi, il regarda le bazar provoqué par la chute de la rangée de livres, et soupira longuement.

« Je … Je vais ranger tout ça, maintenant … fit le porc-épic.
- Laisse tomber, Luke … C’est trop compliqué pour toi, et tu risquerais encore de te blesser en réparant l’étagère. Ce n’est pas grave, je saurais très bien m’en occuper. »
Luke baissa les yeux, honteux. C’était dans ces moments-là qu’il montrait ses émotions, aussi rares soient-ils … Le voyant faire, Agkathi prit une mine pensive. Puis, il esquissa un léger sourire.
« … Si tu veux … Je pourrais peut-être t’apprendre deux ou trois trucs, en escrime. »
Le jeune porc-épic releva d’un coup la tête, les yeux brillants. Sans l’ombre d’un doute, Agkathi venait de faire mouche.
« C’est vrai ? s’exclama l’hybride. Vous m’apprendrez à manier le sabre ?!
- Bien sûr ! sourit le maître d’arme. Mais pas avec le katana, par contre. Tu es encore trop petit et inexpérimenté pour t’en servir … Mais je devrais avoir quelque chose qui fera l’affaire en attendant. Ca t’intéresse vraiment ? »
Cette question était stupide, quand l’homme voyait les yeux de son jeune fils. Mais il ne découvrait ça que maintenant, et cela le surprenait beaucoup. Une surprise extrêmement agréable, tellement qu’il ne pouvait s’empêcher d’en profiter …
« Bien sûr que ça m’intéresse ! répondit directement le porc-épic. J’ai toujours été … fasciné par les sabres … Surtout quand vous vous entrainiez avec le vôtre ! Mais j’ai jamais osé vous le dire … Ca me semblait tellement … extraordinaire …
- Petit idiot, va. Si ça t’intéressait tant que ça, tu n’avais qu’à me le dire plus tôt. Hé bien … C’est d’accord alors. Je vais te former à l’art du sabre. »
Ce fut la toute première fois qu’Agkathi put voir Luke éclater littéralement de joie. S’il fut énormément surpris d’un tel débordement émotionnel tout d’un coup, cela l’emplit d’un profond sentiment de sérénité que de voir son fils heureux. Tellement qu’il en oublia presque l’incident qu’il y avait eu dans sa chambre … Jamais il n’aurait cru que le porc-épic pouvait être aussi admiratif de la voie de l’épée. C’était une surprise bien trop enthousiasmante pour qu’il puisse en rester là. Ah lala, décidément … Plus le temps passait, plus cela se sentait …
Qu’est-ce que Luke lui ressemblait …
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Le dernier porc-épic [Extrait]
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